Japon…

août 28, 2017 dans Newsletter par felicie

Quelques photos de voyage m’aident à me replonger dans l’univers japonais qui a habité mon esprit pendant les 5 semaines qu’a duré notre séjour au Pays du Soleil Levant…
Une saison plus tard, je vous emmène avec moi…

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D’un pays aux proportions décadentes –les Etats Unis où nous sommes restés 4 semaines en Californie-, nous sommes arrivés au pays des playmobils… des rues étroites, des voitures de poche qui, d’ailleurs, se superposent les unes au-dessus des autres dans les parkings pour gagner de la place, nous (re)découvrions Tokyo, par une grise et froide journée de printemps.

Pourtant, même sous le gris du ciel, le Japon devient le pays le plus lumineux du monde lorsque s’ouvrent les fleurs de cerisiers ! Le regard embrasse de vastes paysages presque enneigés, tant les pétales volent et se déposent en tapis. Le vert éclatant de la végétation renforce cet éclat blanc-rose. Comme chaque année, les japonais tombent amoureux de leur propre pays : ils se prennent en photo devant un cerisier millénaire et vous montre la photo de l’année précédente, à Kyoto ou à Hiroshima… On se retrouve dans les jardins, sur des nappes en plastique bleu pour déguster le bento vendu à l’entrée. Les petits gâteaux –wagashi-, portent les couleurs de la fête : une boule de riz glutineux rose parfumée à la fleur de cerisier, fourrée de la non moins traditionnelle pâte de haricot rouge est entourée d’une feuille de l’Arbre, patiemment saumurée… Les saveurs sont un savant équilibre de sucré, acidulé, salé. Les Japons sont passés maîtres depuis fort longtemps dans la recherche de l’équilibre.
En effet, c’est par définition quelque chose qui ne demeure jamais… Mais c’est aussi ce qui nous guide, chaque jour !

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Le Japon étant un pays très cher, où nous avions envie de faire un séjour relativement long, nous avons opté pour une manière de voyager qui nous permettait de lier rencontres humaines, découvertes de régions variées, occupations concrètes, où gîte et couvert sont offerts : le wwoofing !

Nous avons donc construit un itinéraire depuis Tokyo, en choisissant quatre lieux pour nous arrêter. Ceux-ci s’apparentent à des fermes ou assimilés. Ainsi, nous avons commencé chez un agrumiculteur sur une toute petite île proche de Hiroshima, où nous cueillons un à un avec un soin infini, des citrons comme je n’en ai jamais mangé d’aussi bons et nous ramassions des algues pour nourrir le sol de ces arbres !

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Puis nous avons pris la route vers Shikoku, une île réputée pour ses 88 temples qui se parcourent en pèlerinage. Là, nous avons passé un séjour dans la montagne, chez un couple qui faisait vivre un espace de partage magnifique. Là, j’ai ramassé des shiitakés et des pousses de fougères, feutré de la laine et fait du miso.

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Ensuite, nous sommes remontés jusque sur la presqu’île de Wakayama, en bord de mer. Nous passions nos journées entre l’aide apportée à la boutique artisanale d’indigo et, complétement à l’opposée, à réaliser des préparations culinaires que je ne voulais même pas goûter !

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Enfin, un dernier séjour, dans une ferme de production de riz -celui-ci ne servant qu’à la réalisation de sous-produits, en particulier de l’amazaké-, entre Kyoto et Osaka, a parfait notre voyage et donné la touche finale à notre inspiration.

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Partout, j’ai cuisiné.
La cuisine est un lien incroyable avec et à l’autre. Même si on ne parle pas la même langue, on peut partager ce moment du repas et celui du partage des savoir-faire.

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Souvent, les Japonais étaient surpris que je me sente bien plus à l’aise à cuisiner local qu’à proposer une recette française ! Demandez-moi de préparer des hizikis, des shiitakés et du tofu, donnez-moi du miso, de l’uméboshi et de l’huile de sésame et tout ira bien ! Je ne garantis pas qu’avec du beurre, du fromage et de la crème fraiche je puisse aussi bien faire…

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Cependant, il m’est arrivé une histoire bien drôle : Lors de notre 3ème séjour, nous étions chez des gens qui, comment dire, ne mangeaient pas du tout, mais alors pas du tout, comme nous. Oubliez le bio, le végé ou l’équilibre alimentaire de base !
Pour faire plaisir à la maisonnée, je me lance un jour dans un gâteau, pour montrer à mon hôte qu’avec un cuiseur à riz on peut faire des miracles (j’avais lors de mon séjour précédent réalisé plusieurs gâteaux de cette manière, j’étais donc sûr de mon coup !). Seule dans la cuisine alors qu’elle était partie travailler, je me lance dans une recette toute simple avec les ingrédients que j’ai sous la main. Rien de sorcier et je déduis la nature des ingrédients en regardant les images sur les paquets, je sucre, sale et épice et agrémente le gâteau de morceaux de pommes que je fais revenir dans du beurre. Bref tout va bien. Le gâteau cuit à merveille, et je le dépose au centre de la table.
Il n’était pas vraiment question que je le goûte, je voulais juste faire plaisir, mais n’étais pas prête à déguster tous ces ingrédients vides de sens, pour moi en tout cas… Tout le monde était ravi et porte un morceau à sa bouche. Et là, la terre s’arrête de tourner un infime instant, et je vois les visages et les bouches grimacer et se rétracter ! Mon cœur chavire, que se passe t-il ?!
Le gâteau est salé me dit-on. Ah ? Oui je mets toujours une pincée de sel dans mes desserts, mais bon quand même ! Charles et moi prenons alors une part pour gouter : un petit coup de langue sur la croute suffit de nous convaincre… et de me faire perdre pied !
Je montre ce que j’ai utilisé pour sucrer le gâteau :  le tiroir du bas de la boite bleue à côté de la cuisinière. Ahhhh, mais non ! C’était le sel !! Le sucre se trouvait au-dessus !
Même couleur, même calibre, le sucre blanc et le sel étaient comme des jumeaux dont je ne connaissais pas la subtile différence ! Nous en avons tous beaucoup ri…

Au Japon, point de dessert donc, mais du sucre à tous les plats ! Et pas qu’à moitié ; on y va plutôt à la cuillère à soupe… Ca fait parti des détails qui mouchettent la jolie carte postale.

D’autres petites choses m’ont en effet sauté aux yeux. Voir, c’est aussi une histoire de sensibilité. Récemment, la mienne est plutôt ultra titillée par l’impact de l’homme sur l’écologie, si vous voyez ce que je veux dire. Le zéro déchet, tout ça-tout ça ! Une mode me direz vous ? Oui, je le souhaite, une bonne mode, une mode nécessaire, vitale, cruciale aujourd’hui.

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Et là, j’ai vu ce que je ne voulais plus voir, ce que j’aimerais savoir disparaître à tout jamais ! Si le continent de plastique existe, le Japon détient sans doute 70% des parts de ce projet grotesque. Tout, absolument tout est emballé et suremballé de plastique. Le pic de l’absurdité est atteint les jours de pluie : une fois vos achats faits (par exemple une courgette emballée dans son petit sachet + une carotte également + un morceau de tofu dans une boîte en plastique, elle même entourée d’un fin sachet, « au cas ou ») votre sac rigide au joli design est enveloppé d’une protection plastifiée, vous récupérez alors votre parapluie laissé dans un sachet prévu à cet effet à l’entrée du magasin. Et comme ce jour là, vous aviez décidé de faire quelques boutiques, vous vous retrouvez à la fin de l’après-midi avec une dizaine de sachets non recyclables. Qui finiront à la poubelle. Qui seront brûlés d’ailleurs. L’air de rien.
J’ai vu de petites grand-mères à la campagne aller nourrir ces poubelles brûlantes, dégageant une fumée noire, haut dans le ciel qui tente coute que coute de rester bleu.

Alors, sous prétexte de propreté, de suprématie d’intelligence artificielle, personne ne dit rien ! Quelle colère, quelle rage devant aussi peu de conscience !

Le bio n’est pas du tout facile ni accessible, encore moins évident. Les produits coûtent très chers et il faut vraiment faire preuve de motivation pour les trouver. Je n’ai rencontré personne qui consommait biologique et vivait de manière écologique à plus de 50%. Parfois un peu, souvent très peu. Même dans les lieux sensés l’être, je me rendais toujours compte de la faille, de la supercherie, voire du mensonge.

C’est beau, c’est bio, non ? Non, navrée de la réponse. Apprenons à vérifier par nous mêmes, devenons responsables de nos choix et acteurs du changement ! Ce ne sont pas les autres qui doivent changer, c’est à chacun de décider d’arrêter d’agir sans réfléchir. Tous les détails comptent, ce sont eux qui font le monde dans lequel nous vivons.

Voilà, encore une fois, je n’avais pas prémédité ce que j’écrirais.
Le Japon reste un pays très cher à mon cœur, et je dois bien reconnaitre que j’ai été assez déçue de voir tout cela. Moi aussi j’aimerais vous dire sans retenue combien c’est superbe, splendide, qu’il faut y aller à tout prix, qu’on y est si gentiment accueilli, que l’on s’y sent tellement en sécurité, que le calme vous ressource pour tout le reste de votre vie ! C’est vrai bien sûr, et j’aime me souvenir de tout cela : des pivoines qui inondent les jardins et de la poésie d’une branche d’érable, du bol de riz complet dans un bol laqué et de la simplicité d’un légume sauvage au shoyu ou encore des quelques femmes en kimono et de la délicatesse d’une soie peinte.

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La rentrée approche à grands pas ! Je vous souhaite de vous laisser porter aussi longtemps que possible par la magie qu’apporte la lumière de ces douces fins de journées de septembre. L’été indien s’installe, apportant douceur et harmonie, de potimarron en butternut et de pomme en poire, les étales de nos marchés changent !

Vivons une dernière fois l’été, lors d’un cours de cuisine que j’ai appelé « dernière balade estivale », il a lieu le lundi 4 septembre.
Et prenez vos marques en adoptant un petit déjeuner digne de son nom, lors du cours sur les porridge : simples, concis et efficaces ! C’est le mercredi 6 septembre.
Enfin, apprenez à faire votre pain sans gluten à la maison, le samedi 9 septembre.

A bientôt,
Faites vous du bien et contemplez le monde qui vous entoure : voyez et créez le beau autour de vous !

Félicie

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