Escapade colorée à Rodrigues et wraps improvisés autour des limons confits!

décembre 13, 2016 dans Newsletter par felicie

Ce soir, j’ouvre mon sac de voyage, à l’intérieur, un retour de marché : ce matin, à Port Mathurin, j’ai cherché quelques ingrédients rares, trop heureuse de rapporter chez nous de précieuses denrées alimentaires que l’on n’aurait plus l’opportunité de croiser. Et pour cause : l’île Rodrigues, de part sa situation géographique et son isolement, peut se vanter de cultiver dans d’excellentes conditions environnementales de succulents produits.

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Pourtant, ce n’est pas au marché que nous pouvons les trouver facilement : certaines choses ne se vendent pas. Jusqu’à peu, le troc était courant, et permettait aux habitants d’obtenir par l’échange la diversité alimentaire nécessaire. L’argent a terni cette pratique, et rendu moins disponible l’accès à ces richesses. Ainsi, et à regret, certaines recettes traditionnelles se font plus rares, crêpes de manioc ou gâteaux de patates douces par exemple.

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Pourtant, nous pouvons nous estimer chanceux ! Nous avons trouvé un corossol –fruit énorme de la famille des anones, à la chair un peu granuleuse, un peu gélatineuse, un peu laiteuse, et surtout très parfumée… une saveur de « tarte tatin aux poires » se révèle sur nos papilles !-, des patates douces à chair blanche – si sucrées !- et surtout, des Limons de Rodrigues. Presque un AOC -question d’actualité politique à Maurice-!

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 Ces agrumes ont le privilège de jamais avoir été croisés, et ont développé des qualités nutritionnelles incomparables, qui ont récemment intéressé quelques chercheurs. Devinez pourquoi ? Pour parfaire la beauté de ces dames ! En effet, et ça c’est une règle applicable partout, que vous pourrez ressortir en toute situation : plus un végétal pousse dans des conditions difficiles, voire extrêmes, plus il développe des phytonutriments pour se protéger. Bref, plus une plante cherche à se défendre, plus elle produit de minéraux et d’anti-oxydants… le Graal pour nous, humains, qui avons tant besoin de ces ressources ! Pour donner un autre exemple et m’expliquer, un pied de tomates bio poussant dans un terreau, dans un pot, à l’abri des conditions climatiques difficiles sera nutritionnellement moins riche qu’un confrère poussant en pleine terre, face au vent et au soleil. Et comme les phytonutriments, ça donne du goût, notre tomate de pleine terre aura par la même occasion bien plus de goût !

En pleine lecture de ce livre intitulé The Dorrito Effect de Mark Schatzkeer, déniché dans une librairie du coin ( « Mais qui s’y intéresse ?! », me suis-je exclamé intérieurement. Sur une île où les engrais, pesticides et fertilisants en tout genre sont de mise !), je découvre l’histoire passionnante d’une société qui a vu la saveur et l’intérêt nutritionnel de son alimentation chuter sans fin depuis les années 40. Je fais le lien avec ce que je vis ici, et tire une conclusion, simple et efficace. Rien ne vaut la qualité.

Alors, ces Limons de Rodrigues, ce sont de petites merveilles. Ils poussent sous un soleil ardent, où la pluie est rare. Les alizés soufflent souvent ici, et le sol des petites montagnes est sec. Les agrumes récoltés sont d’une saveur inégalée, je n’en ai jamais mangé d’aussi bons ! Certes, les mains de Buddha, citron Meyer et autres délices que je trouvais à Paris, en provenance du sud de la France, me comblaient de joie.
Je ne sais pas pourquoi, je trouve les agrumes fantastiques. Je ne suis pas adepte de l’acidité, et recherche plus l’amertume présente dans la peau de ces fruits. Alors, mieux vaut qu’elle soit bio, une fois de plus !
Une manière formidable pour moi d’abonder dans ce sens est de confire ces citrons dans du sel. Une magie s’opère et avec le temps, on obtient une chair douce et une écorce tendre, où acidité et amertume semblent avoir disparu, pour laisser place à un équilibre assez parfait me semble-t-il, entre les 4 saveurs principales : salé (du sel bien sûr), sucré (du fruit, qui ressort grâce à la fermentation qui a lieu), acide et amer (encore présents bien entendu).
Au marché de Port Mathurin, j’ai acheté des citrons confits au sel, et aussi une autre préparation qui m’a beaucoup plu, des citrons confits au sel ET au miel d’eucalyptus. Une révélation, et d’une simplicité sans nom : faites confire vos citrons et ajouter y du miel !

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Pas n’importe quel miel, vous vous en doutiez ! Le miel d’eucalyptus de Rodrigues fait parti des meilleurs au monde, primé au concours de Londres il y a quelques années.

Nous voici donc, dès notre arrivée, sur la route du miel… une route qui nous a menée dans bien des endroits, fait découvrir bien des aspects de cette île incroyable et secrète encore. Les apiculteurs se comptent sur les doigts des deux mains, au maximum, et seuls 4 ou 5 récoltent le précieux nectar de ces arbres poussant en altitude. Nous tentons d’abord une petite boutique dépositaire, en ville. Point de pots, mais on nous le promet pour le vendredi matin -nous passons commande-. Dans le doute (nous avons appris avec le temps qu’un « oui » n’est pas gage de résultat positif, ce qui nous sera confirmé le jour venu), nous décidons de nous rendre sur le terrain des abeilles, trop heureux par ailleurs de découvrir cet environnement préservé. Nous arrivons par un chemin rocailleux, et trouvons porte close : personne ne répond, seules les abeilles trop occupées, bourdonnent gaiement ! – nous apprendrons le soir venu grâce à notre hôte, que Patricia n’a tout simplement plus de miel à vendre, la récolte n’a pas été bonne-.
Le lendemain, profitant de la somptueuse descente de Mont Lubin à Graviers, nous nous arrêtons chez la famille Jolicoeur. La réponse est identique, il n’y a plus de miel à vendre. Arrivés à la plage de Graviers, nous n’avons toujours pas acheté d’eau, et j’ai terriblement soif ! Le petit magasin, superette du coin, me tend les bras. J’y trouverai très certainement de « l’eau de table », et si j’ai beaucoup de chance, de l’eau pétillante… les deux sont de toute manière des produits Coca Cola, pas le choix, nous alimentons malgré nous cette industrie qui défigure le monde. J’entre, des étales poussiéreuses s’offrent à mes yeux. Je cherche l’eau, mais ne peux m’empêcher de regarder tout autour, me baignant dans ce qui constitue le quotidien de ces gens que je côtoie depuis quelques jours, et qui alimentent dans mon esprit toutes sortes de réflexions sur une autre manière de vivre, celle d’une petite île isolée, qui semble suivre un rythme rare, celui du soleil. Et là, oh joie ! Du miel ! Je m’approche, scrute les pots, et me rends compte que j’ai déniché les quelques derniers pots de miel d’eucalyptus de M. Jolicoeur ! Hop, j’en prends trois sous mon bras, et nous poursuivons notre journée, en nous délectant dans une eau chaude turquoise et cristalline et en nous protégeant du cuisant soleil sous les branches des filoas. Une balade dans un jardin botanique parfait notre connaissance sur les plantes tropicales et endémiques, après avoir déjeuné comme des rois à la table d’hôte attenante, où la cuisinière nous avait préparé un repas typique délicieux : association de riz et de grains (les lentilles en fait), accompagnés de bringelles confites (les aubergines locales), d’une salade de carotte et papaye verte, de giraumon en fricassé (une variété de courge proche d’une musquée : assez aqueux et pas très gouteux, le chose peut peser jusqu’à 10kg !), du fameux condiment de citron confit au miel, en version pimenté (pas de repas sans piment !!) et d’un poisson grillé, de la pêche du matin, en sauce pomme d’amour (joli nom pour la tomate !).

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De retour chez notre hôte, elle nous apprend qu’elle a contacté une personne dont le cousin produit lui aussi du miel : nous en aurons demain, car c’est lui qui fait la navette pour l’aéroport. Le monde est petit. C’est peu de le dire. Le monde semble vraiment petit ici. Pour anecdote, il y a seulement 9 prisonniers sur l’île, qui par ailleurs, peuvent sortir comme bon leur semble : ils doivent être rentrés pour le dîner… vous y croyez ?! Sauf que, vêtus de orange, ils deviennent repérables très facilement, et sujets de commérages. Alors peu sortent vraiment.

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Quelques jours plus tard, nous reprenons la direction du petit et mignon aéroport à Plaine Corail, la tête remplie de merveilleuses images. Je dépose mes effets dans un bac en vacoas tressé, et réalise une fois de plus que cette île possède quelque chose de plus que Maurice. A notre arrivée j’avais été enthousiasmée par l’annonce de l’hôtesse de l’air, « Merci de bien vouloir déposer tous les sacs plastiques dans le contenant prévu à cet effet. L’utilisation des sacs plastiques sur l’île est sujette à une amende. ». Ravie. Une île –presque- propre ; car malheureusement les vents de l’est ramène encore sur les plages paradisiaques de petits bouts de plastique qui se mélange au sable et au corail. Triste réalité. C’est pourtant un combat qui vaut la peine d’être mené (autre lecture percutante: Zéro déchet de Béa Johnson, qui m’a valu beaucoup de questionnements et de frustrations par rapport à notre situation actuelle). 

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La recette d’aujourd’hui est plus une composition autour d’une préparation, les citrons confits au sel, que vous pouvez réaliser avec tous les citrons que vous pourrez croiser cet hiver !

Magiques dans les crudités, les plats mijotés, les céréales, les pâtes ou les condiments !

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Il vous faut :
1 bocal en verre et son couvercle très propres/ stérilisés
autant de citrons qu’il faut pour remplir ce bocal
du sel non raffiné
de l’eau minérale ou bouillie et refroidie

Couper les citrons en 4. Les tasser par couche dans le bocal et déposant sur chacune une belle cuillère à soupe de sel. Une fois en haut du bocal, et le tout bien tassé, verser de l’eau jusqu’à ras bord. Visser hermétiquement le couvercle. Laisser le bocal reposer pendant au moins 1 mois avant de les consommer. Je préfère néanmoins attendre plus longtemps (3 mois à plus) afin de permettre à la fermentation d’opérer d’avantage.

Je vous présente donc des wraps faits avec des chapatis à la farine d’épeautre, que je réalise de temps en temps et dont j’espère pouvoir vous partager la vidéo sur Facebook bientôt.

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J’ai réalisé un caviar de carottes en les faisant fondre dans un peu d’huile d’olive, avec du gingembre frais. J’ai ensuite ajouté des dés de citrons confits (celui rapporté du marché bien sûr. Les miens méditent sur la terrasse !), une touche de miel et un peu de kéfir maison.

Du quinoa auquel était mélangé du pâtisson vapeur, des pousses d’épinards et des fleurs de capucine –leur note poivrée était une merveille- ont parfait ce repas.

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 Nous avons dégusté ce dîner à emporter lors de notre virée à Port Louis by Light. Pendant trois jours, la capitale fermait son centre aux voitures, donnant vie à de nombreuses performances et expositions artistiques…

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