Des dieux en colère ?

mars 7, 2017 dans Newsletter par felicie

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Que de belles découvertes m’a offert le Mexique ! J’en suis abasourdie, une richesse incroyable dans tous les domaines de la vie est venue nourrir chaque jour ensoleillé.

Mes yeux ont saisi des milliers de motifs et de couleurs sur les belles broderies auxquelles je suis sensible ; des paysages à couper le souffle, entre des montagnes mauves, parfois embrumées parfois limpides, l’océan pénétrant dans une crique bordée de cactus, des canyons vertigineux ou des champs d’agaves énormes.

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Des civilisations millénaires reposant sur des principes fondamentaux incroyablement précis ont donné naissance à ce pays à la culture infinie et précieuse. Son histoire a amené le Mexique jusqu’à aujourd’hui, et c’est ce que je vois dans la rue, sur les marchés, dans les maisons… Ce mélange de traditions et de modernité. Comment était ce il y a 20 ans ? 40 ans ? Bien sûr, c’est ce que nous aimerions trouver, une belle culture ancestrale valorisée, embellie, aimée. Mais qu’en est il des gens ? Eux aussi veulent accéder à la technologie, à la rapidité, à la facilité, ces images véhiculées par les sociétés occidentales. Mais à quel prix le font-ils ?

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Les trucks Coca Cola nous mettent sur la voie : l’américanisation est là, dans toute sa splendeur, dans tous ses mauvais aspects si j’ose aller jusque là.

A l’heure actuelle, La majeur partie du maïs utilisé au Mexique provient de firmes américaines employant sans scrupules OGM et pesticides. Les semences poussant sur le sol mexicain proviennent de graines OGM standardisées américaines, n’offrant plus aucune diversité.

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Le maïs, c’est l’enfant des dieux dans le monde des hommes, il a été, et est encore aujourd’hui, honoré et utilisé par les populations indigènes et les Mexicains. Il existe ici près de 60 variétés de cette céréale, dont la plupart sont désormais en danger du fait d’un Monsanto qui règne en quasi maitre sur les cultures de maïs. Les plus touchées sont les variétés blanche et jaune, dont il est pour ainsi dire impossible de trouver des grains non OGM.

 Mais il existe des mouvements de défense de ce patrimoine qui tentent de protéger ce qui est pour eux plus qu’une céréale alimentaire. Vous pouvez suivre sur cette page Facebook le groupe Tortilla de Maiz Mexicana qui se bat pour cette cause; et zyeutez un peu les belles photos de maïs ! La vie des Mexicains semble intrinsèquement liée à celle de la plante, comme le souligne ici un chef Chiapas : « Pendant ces 5 derniers siècles alors que notre peuple a enduré des souffrances – d’énormes souffrances-, notre maïs nous a permis de survivre. Aujourd’hui, notre maïs souffre et nous devons rendre au maïs ce qu’il nous a donné… nous devons aider le maïs à dépasser la souffrance de l’infection OGM apportée par l’avidité de multinationales et de mauvais gouvernements. De cette manière, le maïs, et les hommes du maïs seront capables de survivre ensemble. » Tzotzil, chef Maya.

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On sent derrière ces mots le poids de beaucoup de souffrance, et je dois dire que cela se sent, non pas bruyamment, mais de manière plus douce. Je n’ai jamais ressenti d’agressivité ou me suis sentie en insécurité. Les gens sont gentils, vraiment. Je leur souhaite de conserver cette sorte d’innocence face au tourisme. De garder le plus longtemps possible leurs traditions, leur culture, leur identité profonde… tout en grandissant pour se libérer de la misère.

Il semble que ce soit quelque chose de difficile, de ne pas se brûler les ailes… Dans un monde parfait, on valoriserait les traditions, le local, les aptitudes manuelles et artistiques des populations, et celles-ci profiteraient des avancées technologiques pour soulager leur quotidien, régler les problèmes matériels et faciliter l’éducation. Ce que je vois ici ne va pas ainsi. Une partie de la population est devenue malade, physiquement et mentalement, de ces nouveautés mal gérées, mal consommées, on trouve au Mexique la plus grande proportion d’obèses –je compte sur les doigts de la main les personnes bien portantes que j’ai croisées- et l’intérêt pour la culture, pour la défense de son identité est minime. L’autre partie de la population continue de vivre dans des conditions précaires et difficiles.

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Mais revenons à nos moutons -quels beaux spécimens d’ailleurs ! noirs et blancs, dont les poils longs sont directement vendus sur le marché par des femmes aux cheveux tressés de rubans, jupe en tissu lourd et brillant, ceinturée de couleur… qu’elles sont belles ! -, au maïs et à sa cuisine !

Il est là, le matin para el desayuno, le midi para la comida et le soir para la cena. La tortilla est la reine, et se décline sous de nombreuses formes. On est loin du cliché Tex-Mex, et j’ai appris récemment dans un podcast de On va Déguster, que je vous recommande d’écouter que la cuisine mexicaine a été classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO, valorisant non pas seulement des recettes, mais tout le savoir-faire et l’humain qu’englobe la notion culinaire.

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 Oui, la cuisine, c’est une expression de la vie, de la créativité d’un peuple ou d’un homme.

La cuisine mexicaine est belle, parce que simple et nourrissante. Encore plus lorsqu’elle est cuisinée avec de bons ingrédients !

Pas facile du tout de consommer bio ! Cependant, à l’exception de la tentaculaire ville de Tuxtla, il nous a été offert de belles rencontres et de merveilleux produits. Du tout petit producteur vendant dans une boutique bio au magasin bien achalandé en passant par une femme vendant le surplus de son jardin à sa fenêtre, nous nous sommes souvent régalés.

Puisque le maïs bleu est encore protégé de la main des méchants, j’ai, ce matin, tenté mes premières tortilla ! Instant magique, moment de bonheur dans cette petite cuisine bohème là haut sur la colline de San Cristobal de Las Casas. 

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Au marché, j’ai mis dans mon panier une presse à tortilla et de la masa. La masa, c’est l’ingrédient indispensable et bien particulier de la tortilla. Le maïs sec est cuit avec du jus de lime (et plus couramment, de la chaux, mais une fois encore, je préfère la version un peu oubliée !) puis réduit en pâte. On peut donc le préparer soi même (oh le gros boulot !) ou l’acheter. Ce processus est très important car il permet au maïs de rendre digeste ses protéines, et lui confère également une saveur particulière. Vous aurez compris qu’il est impossible de trouver des farines de masa bio : deux marques se partagent le terrain commercial, et sont non seulement composées d’un maïs OGM, mais également de vitamines et minéraux artificiels… Préférons donc les pâtes fraichement préparées !

Ce matin, sur l’étale de ma petite vendeuse chiapas, j’avais le choix entre du maïs jaune, blanc, bleu pour du « nature » et rose (au chili), marron (au cacao) pour les aromatisés. J’ai opté pour le maïs bleu, je le trouve joyeux ! Et je me suis lancée grâce à toutes les informations glanées ici et là, au détour de conversations avec des Mexicaines. (Voyez un peu ici pour le déroulé de la préparations la vidéo intitulée « tortillas bleues » !).

Au magasin bio, j’ai acheté le reste de ce qui allait composer un repas simple et archi local ! Les avocats Hass sont crémeux, un vrai beurre végétal, ils font des guacamoles en moins de deux ! Des haricots noirs -frijoles- réduits en purée, un chou très finement tranché, de belles tomates, de la coriandre, un filet d’huile de sésame grillé et quelques noix de Pécan. Pour le dessert, une tasse de café des hauts plateaux du Chiapas, un morceau de chocolat « primitif » (pur fèves de cacao et un peu d’amandes !) et une cuillère de miel crémeux de camomille.

Je vous invite à notre table ! Vous prendrez bien un thé glacé de jamaïca?

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Notre aventure mexicaine s’achève dans quelques jours, nous quitterons le vent brûlant de Merida, laisserons derrière nous les sapotis, mangues et corossols qui nous régalent, les coccinelles et les maisons de toutes les couleurs, les tubes des années 80 et les églises de tous styles. Une fois de plus, les rencontres, expériences et découvertes rendront ce séjour plus que mémorable… une trame de la broderie de ma vie…

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A bientôt!

 

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