Infusion, voici le mot qui me vient et qui rendrait compte de la magie de ce séjour en Thaïlande, à Chiang Mai.

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Infusion bleue des pois de senteur-papillon, boisée de la réglisse thaïe, verte de la pâte de curry, d’agrumes des feuilles de kaffir lime, orange du turmeric, suave de la citronnelle… Je pourrais continuer longtemps et décrire la palette de couleurs et de saveurs que j’ai retrouvée ici.

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Il me semble avoir goûté avec tous mes sens à ce que sur terre, le paradis peut ressembler. C’est certes une notion tout à fait personnelle, une histoire de racines, de karma, de souvenirs, que sais-je. Mais comme il est bon de retrouver le chez-soi du cœur, de tisser les liens de la vie, de vivre pleinement chaque seconde.

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Je remercie ici ma petite sœur, qui m’a permis de vivre une expérience merveilleuse. Kapunka Théodora! Je suis arrivée en terrain largement débroussaillé, tout m’a été présenté sur un plateau doré. Brillant et lumineux comme tous les temples qui font de la ville un labyrinthe de contemplation, qui offrent une beauté à l’œil, apaisante et rassurante. Bouddha est présent partout, à chaque instant, il fait parti du quotidien, il est honoré, prié, nourri. Et il est majestueux !

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Je n’ai pas cuisiné une seule fois, vous vous en doutez. Les restaurants abondent, la cuisine anime les rues, les vendeurs de denrées variées remplissent trottoirs et marchés ; et tout est appétissant ! Semble, devrais je dire. Car oui, il y a cependant un bémol à la cuisine thaïe, deux en fait : le glutamate et le sucre. Je pourrais même ajouter les OGM. Traitres qui se cachent presque partout, et qui malheureusement ont des effets bien néfastes sur l’organisme et sur notre écosystème.

Il faut donc affiner ses recherches pour repérer les inscriptions des restaurants qui ont fait le choix du « no MSG », parfois « no GMO » et plus rarement du biologique,  moins souvent sans sucre –au mieux un sucre complet-. Théodora, sensibilisée à la question, m’a donc emmenée dans tous les bons endroits qu’elle connaît, et je m’y suis régalée ! Il est facile et tellement agréable de prendre des habitudes, de se faire connaître des serveurs ou des cuisiniers, de rire avec eux, de leur taper sur l’épaule, de se faire chouchouter. J’ai maintenant de bonnes adresses, et compte bien revenir voir ces gens adorables que j’ai rencontré.

Chiang Mai, c’est finalement un grand village –je résidais dans la vieille ville, ce qui est très certainement tout à fait particulier-. Le matin, c’est le coq qui me réveillait ! Et très vite on croise les mêmes personnes, on prend les mêmes chemins pour aller et venir à tout ce qui rempli la vie d’ici.

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Et les journées passent comme un éclair ! Nourries de petits bonheurs, de rencontres, de curiosités et d’expériences.

Encore ce matin, j’ai été émue par une très vieille dame, ridée par le travail bien sûr, mais par la joie aussi. Avant de prendre mon vol pour Bangkok, je suis allée au marché acheter les quelques ingrédients qui prendraient la route avec moi… pour infuser moi même aussi longtemps que possible dans la citronnelle, les feuilles de kaffir lime et le galanga. Je lui prends donc ces quelques merveilles, qui valaient bien entendu trois francs six sous (quelques bahts), et nous nous comprenons par les sourires et les deux seuls mots que je connais ; bonjour et merci. Je lui fais comprendre que je ne prends pas de sacs plastiques, elle me remercie, « kapunka ». Je règle et à mon tour, « kapunka ». Elle attrape une botte de citronnelle, choisit la plus grosse tige et l’ajoute à mon petit paquet. « Kapunka » lui dis-je. Je commence à ranger mes courses, elle rajoute une racine de galanga ! « Kapunka ». Puis un morceau de turmeric ! « Kapunka », je me confonds en remerciements, je me sens à cet instant gâtée et débordante de reconnaissance.

Mon quotidien était rempli de papaye, curry vert, pad thaï, mangue, riz rouge… Un peu de chili, juste ce qu’il faut (mais toujours dans la limite basse ! Ce n’est toujours pas fait pour moi !). Tout est bon, je me régale à chaque repas. Ils sont simples, frais et parfumés. Il y a un raffinement certain, une élégance naturelle à laquelle je suis sensible. Elle se voit dans les plats bien entendu, mais aussi dans le cadre de vie, comme si une attention particulière était portée sur chaque objet, plante ou inscription. Les yeux sont ravis, ils courent de la branche fleurie d’un jardin aux feuilles d’or des arbres à prières des les temples, et de fleurs de nénuphars dans une vasque en terre cuite à une porte en bois peinte de paons violets.

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En partant dans la campagne, j’ai aussi aimé goûter à la soupe du petit déjeuner, un bouillon parfumé au gingembre, avec du riz très cuit et du poulet (si si !), sur lequel on parsemait des herbes fraiches et de l’oignon frit… servie avec tellement de gentillesse! En dehors de Chiang Mai, j’ai découvert d’avantage ce qu’est sans doute une autre réalité de la Thaïlande, beaucoup moins au fait des habitudes touristiques des occidentaux, qui, il faut bien le reconnaître ont marqué et modifié très fortement les destinations courues. Moi qui pensais par exemple que le végétarisme était important, j’ai bien dû admettre que non, ce n’est pas le cas !
Un smoothie avocat-mangue-spiruline, cela sonne pour nous comme un air de vacances… mais n’a rien à voir avec les habitudes traditionnelles !

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Ecologiquement, il y a de quoi s’affoler. Les Thaïs ont mis le plastique à l’honneur, remplaçant les feuilles de bananes qui leur servaient autrefois d’emballage par de petits sacs fins qu’ils multiplient à l’infini. Et qu’ils jettent comme ils le faisaient avec les feuilles. Ça me fait mal de voir cela. Alors bien sûr, faire ses courses avec un sac en tissu en aura surpris plus d’un, et malgré tout, impossible d’éviter ce qui est déjà emballé : les fruits précoupés, le riz cuit au marché, toutes les petites sauces, bref tout… même un stylo !
Les fleurs sont belles… aidons les!

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Le bio n’est pas encore vraiment représenté, il y a confusion forte entre ce qui « paraît » naturel ou fait maison et les produits certifiés (ou non, peu importe, mais dans la démarche) biologiques. Je restais donc assez méfiante vis à vis de ces produits naturels. Si, avec un peu de chance, les ingrédients d’un produit brut sont traduits en anglais, on s’aperçoit très souvent qu’un ingrédient qui aurait dû rester unique est bien souvent mélangé à d’autres. Surtout à du sucre pour ne rien cacher ! Fruits séchés, pétales de noix de coco, sucre de coco (coupé au sucre de canne blanc !!), toutes les aides culinaires… Ce n’était donc pas là que je cherchais à satisfaire ma curiosité.

Mais sur les marchés, dans les échoppes et les restaurants, je découvrais, comprenais, interprétais, mûrissais tous ces mets qui m’étaient présentés. Jusqu’à prendre moi même un cours de cuisine avec un petit bout de femme adorable, le sourire aux lèvres, pétillante et pleine d’énergie. C’est Théodora qui a un peu insisté, et je n’ai pas regretté ! Loin de ce qui est proposé aux touristes, nous étions cinq autour de sa table à suivre du regard tous ses gestes et boire ses paroles. Cela m’a permis en une seule fois de faire un tour assez complet des savoir-faire et recettes… pour mieux les réinterpréter ! D’une part parce que nous ne pouvons pas tout trouver (et encore moins toute l’année !) chez nous, d’autre part parce que je ne souhaite vraiment pas utiliser autant de sucre !! Je vous conseille de visionner le film de Damon Gameau, That Sugar Film, qui retrace l’expérience ahurissante du réalisateur australien qui a consommé pendant un certain temps l’équivalent de 40 cuillères à café de sucre par jour en ne choisissant que des aliments « healthy » ou de régime.

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Bref, tout ça pour dire que le 5 avril, le thème est tout trouvé : saveurs thaïes à la Félicie, avec mes quelques ingrédients magiquement bons (une touche de miso ici, une pincée de shiitaké par là, du sucre de coco lorsqu’il est nécessaire au mariage des saveurs…).
Je vais concocter un petit menu du tonnerre, qui sera bientôt en ligne.

Voilà, je suis bel et bien de retour en France. Les fleurs de frangipaniers m’ont suivi de l’Inde à la Thaïlande en passant par la côte australienne, elles m’ont fait retrouver les odeurs des pays où le soleil règne.

J’ai aimé la liberté des espaces ouverts sur le ciel. J’ai aimé marcher sur le marbre, le sable, les rochers, dans la poussière d’une terre aride. J’ai aimé les douches froides au sceau en mettant de l’eau partout, celle des cascades de montagnes, celle d’un jardin sous une lune pleine. J’ai aimé ce voyage et j’espère pouvoir vous donner à mon tour toutes ces poussières d’étoiles, ces petites plumes et ces quelques recettes du bout du monde qui m’ont été offerts.
Merci à Leïla et Praveen, Diane et David, Théodora et tous ceux que j’ai croisés sur mon chemin !

NAMASTE

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